[French] Technologies quantiques : le projet européen d’un milliard d’euros s’organise

By Seraya Maouche | May 4, 2017

L’initiative européenne « Quantum Technology Flagship » pour les technologies quantiques, qui a été annoncée en 2016, est face à de nombreux défis dont le brexit et la recherche d’investissements. La revue Nature nous informe cette semaine que ce grand projet européen prend forme.

Des ordinateurs incommensurablement plus puissants

Le quantique est une « huit technologies à surveiller », écrit Les Echos en début de cette année. C’est “une technologie énigmatique qui devient commune”, comme l’a écrit, sur sa une, l’hebdomadaire britannique The Economist pour son édition datée du 11 mars dernier. Les différentes applications et promesses de cette technologie, qui ont été énumérées par cet hebdomadaire, illustrent que ce qui relevait, il y a quelques années, de l’utopie, fait désormais l’objet de prototypes et de projets de recherche.
Visant à exploiter les propriétés de la physique quantique, dont les effets de la superposition quantique et l’intrication, la  seconde révolution des technologies quantiques est en préparation. La superposition quantique désigne le comportement de la matière à l’échelle des électrons qui peut se retrouver en même temps à différents endroits. L’intrication désigne le type d’interaction qu’un électron puisse avoir  avec une autre particule située à une certaine distance de celui-ci.
En exploitant ces propriétés de la physique quantique, les chercheurs et industriels envisagent de développer des ordinateurs utilisant des qubits (quantum bits). Rappelant qu’un ordinateur classique se base sur un langage binaire.  Les informations élémentaires que traite ce type d’ordinateur sont sous forme de bits, qui ne peuvent coder qu’un état parmi deux possibles : 0 ou 1. Dans un ordinateur quantique, les qubits peuvent prendre plusieurs valeurs. Les calculateurs quantiques seraient incommensurablement plus puissants.

L’Europe prépare la seconde révolution quantique

Annoncé en 2016 par le commissaire  européen à l’économie numérique Günther H. Oettinger, lors de la conférence « Quantum Europe 2016 » qui s’est tenue à Amsterdam, le « Quantum Technology Flagship » est une initiative phare avec un financement public-privé d’un milliard d’euros au cours des dix prochaines années. La commission européenne avait annoncé son intention de lancer un grand projet, qui serait équivalent en terme d’importance et d’ambitions aux deux projets « Human Brain Project » et le graphène qui ont été lancés en 2013.  L’objectif du « Quantum Technology Flagship » est de faire entrer l’Europe dans l’ère de la seconde révolution quantique et renforcer son excellence et son leadership dans la recherche et les technologies quantiques, précise le « Quantium Manifesto », qui a été signé par plus de 3000 scientifiques.
« Le Manifeste appelle les États membres et la Commission européenne à lancer une initiative à l’échelle d’un milliard d’euros dans la technologie Quantum, pour un lancement en 2018 dans le cadre du programme-cadre européen de recherche et d’innovation H2020 »
Le « Quantum Technology Flagship » envisage de cibler quatre domaines : les communications sécurisées utilisant la cryptographie quantique, les calculateurs quantiques beaucoup plus rapides que ceux d’aujourd’hui pour traiter de grandes quantité d’informations, les simulateurs quantiques et des capteurs beaucoup plus précis.
« La Chine domine actuellement la communication quantique, qui utilise les propriétés quantiques des particules pour développer des clés secrètes partagées pour le cryptage. Le pays détient le plus grand nombre de brevets et teste déjà à la fois un satellite de communication quantique et un lien terrestre sécurisé de 2 000 kilomètres. Les États-Unis mènent des brevets sur l’informatique quantique et des capteurs ultra sensibles », écrit Elizabeth Gibney dans Nature
Trois pays européens semblent particulièrement soutenir cette initiative européenne, écrit la revue Nature. Il s’agit de la Hongrie, l’Autriche et l’Allemagne. Reste à déterminer si les autres États membres et les investisseurs privés acceptent d’adopter cette initiative. L’Allemagne a déjà lancé son initiative nationale appelée QUTEGA. Au Royaume-Uni, le Quantum Technologies Strategic Advisory Board (QT SAB) a élaboré, en mars 2015, la feuille de route britannique pour les technologies quantiques avec un budget de £350-million. Le Brexit, qui a été entamé le 29 mars 2017, envisage la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne en 2019, soit un an après le lancement officiel du « Quantum Technology Flagship ». Il faut déterminer si le Royaume-Uni poursuivra sa contribution à cette initiative européenne selon, par exemple, le modèle utilisé actuellement entre l’EU et la Suisse.
En France, des équipes de recherche académique, ainsi que des industriels se préparent déjà pour cette seconde révolution quantique.

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